Réponse courte : oui, une étude notariale, une banque ou un courtier vous envoient de vrais SMS pendant un achat immobilier — rappel de rendez-vous de signature, pièce manquante, accord de prêt, code de validation. Ces messages viennent d'un numéro court (36xxx, 38xxx), d'un expéditeur alphanumérique ou du fixe de l'étude, et ne demandent jamais de valider un RIB, de confirmer un virement ou de cliquer pour « sécuriser les fonds ». Dès qu'un SMS touche à l'argent, on ne répond pas : on rappelle l'étude au numéro figurant sur l'acte.
Mis à jour le 2 novembre 2026.
L'achat d'un logement est probablement le seul moment de votre vie où vous allez virer plusieurs dizaines de milliers d'euros à un interlocuteur que vous avez rencontré deux ou trois fois. Et c'est aussi un moment où votre numéro de téléphone circule : agence immobilière, étude notariale, courtier, banque, assureur emprunteur, diagnostiqueur, parfois déménageur. Beaucoup de monde, beaucoup de messages, et un calendrier que les escrocs connaissent aussi bien que vous.
Résultat : entre le compromis et la signature définitive, votre téléphone se remplit de SMS dont certains sont parfaitement légitimes et dont un ou deux peuvent coûter le prix d'un appartement. Voici comment les distinguer, méthodiquement.

Un notaire envoie-t-il vraiment des SMS ?
Oui, et c'est devenu banal. Les logiciels de gestion d'étude (Genapi, Fiducial, iNot…) intègrent des modules de notification qui servent à trois choses très concrètes :
- le rappel de rendez-vous : signature du compromis, lecture de l'acte, remise des clés, avec date, heure et adresse de l'étude ;
- la demande de pièce : justificatif de domicile, acte de naissance, attestation d'assurance habitation, relevé de compte ;
- l'information d'étape : « votre dossier est passé en rédaction », « les fonds ont été reçus », « l'acte est signé, votre attestation de propriété est disponible ».
Ces messages sont gratuits à la réception, courts, souvent signés du nom de l'étude ou de celui du clerc qui suit le dossier. Ils peuvent arriver depuis un numéro court, depuis un expéditeur alphanumérique, ou depuis un numéro fixe en 01 à 05 — ce qui surprend encore beaucoup de monde alors que c'est parfaitement possible depuis un numéro géographique.
Point essentiel : un notaire est un officier public. Il ne fait pas de relance commerciale, il ne vend pas de produit, il ne vous propose pas de « placement » et il n'a aucune raison de vous écrire en dehors du dossier en cours. Tout SMS « notarial » qui ressemble à du marketing n'en est pas un.
Quels SMS légitimes attendre pendant un achat immobilier ?
Le tableau ci-dessous récapitule les expéditeurs réellement impliqués dans un dossier, et ce qu'ils peuvent ou non vous demander par SMS.
| Expéditeur | Ce qu'il envoie légitimement | Ce qu'il ne demande JAMAIS par SMS |
|---|---|---|
| Étude notariale | Rappel de RDV, pièce manquante, confirmation de réception des fonds | Un RIB, un virement, un code bancaire |
| Banque prêteuse | Code de validation 3-D Secure, alerte d'opération, RDV conseiller | De saisir vos identifiants via un lien |
| Courtier en crédit | Avancement du dossier, accord de principe, relance de pièce | Des frais à régler en ligne en urgence |
| Assureur emprunteur | Confirmation d'adhésion, questionnaire de santé à compléter sur l'espace client | Vos coordonnées bancaires par retour de SMS |
| Agence immobilière | Visite, offre acceptée, remise des clés | Un dépôt de garantie à virer sans acte |
| Diagnostiqueur, géomètre | Créneau d'intervention | Un paiement par lien |
Tous ces métiers utilisent le SMS parce qu'il est lu. Aucun n'a de raison d'y faire transiter une information bancaire : la réglementation leur impose des canaux tracés (acte, courrier recommandé, espace client sécurisé, chèque de banque, virement avec IBAN communiqué dans l'acte ou par courrier signé).
Pourquoi le moment du virement est-il le point faible ?
Parce qu'il réunit trois conditions parfaites pour l'escroc : un montant élevé, une date connue à l'avance et un acheteur qui s'attend à recevoir des instructions de paiement.
La fraude s'appelle, selon les formulations, fraude au faux RIB ou escroquerie au changement de coordonnées bancaires. Le mécanisme est toujours le même :
- l'escroc apprend qu'une vente est en cours (boîte mail compromise d'une agence, d'un vendeur ou d'un acheteur, fuite de données, annonce retirée d'un portail) ;
- il se présente comme l'étude notariale, par mail puis par SMS, souvent quelques jours avant la signature ;
- il annonce un « changement de compte », une « nouvelle procédure de séquestre » ou une « erreur sur le précédent IBAN » ;
- il fournit un IBAN de mule, parfois dans un pays de la zone SEPA, et presse : « les fonds doivent être reçus avant 16 h sinon la signature est reportée » ;
- une fois le virement parti, il est vidé en quelques heures.
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et cybermalveillance.gouv.fr documentent ce type de faux ordre de virement : il ne repose sur aucune faille technique, uniquement sur la crédibilité d'un message au bon moment.
Le Conseil supérieur du notariat rappelle d'ailleurs sur notaires.fr que les coordonnées bancaires d'une étude ne changent pas en cours de dossier et qu'aucune demande de virement ne doit être acceptée sur la seule base d'un mail ou d'un SMS.
La règle est simple et ne souffre aucune exception : un IBAN reçu par SMS ou par mail ne se saisit jamais sans être confirmé de vive voix, par un appel que vous passez vous-même, à un numéro que vous avez trouvé ailleurs que dans le message.

Comment vérifier un SMS qui parle d'argent ?
Quatre contrôles, dans cet ordre, avant toute action.
- Ne jamais utiliser le canal du message. Pas de réponse au SMS, pas de clic sur le lien, pas d'appel au numéro indiqué dans le texte. L'escroc contrôle tout ce qu'il vous donne.
- Rappeler l'étude au numéro officiel. Celui qui figure sur le compromis signé, sur le courrier papier de l'étude ou dans l'annuaire officiel des notaires sur notaires.fr. Demandez le clerc qui suit votre dossier par son nom.
- Comparer l'IBAN avec celui de l'acte. Les coordonnées du compte de l'étude — souvent un compte à la Caisse des dépôts et consignations — sont écrites noir sur blanc dans les documents. Un IBAN qui commence par un code pays inattendu est un signal d'alarme immédiat.
- Faire un virement test si votre banque le permet. Un petit montant, puis appel de confirmation à l'étude avant d'envoyer le solde. C'est lent, c'est désagréable, c'est infiniment moins cher qu'un virement perdu.
Pour les dossiers où vous manipulez beaucoup de papier, garder une copie physique des pages qui contiennent l'IBAN aide : beaucoup d'acheteurs classent tout dans un parapheur à dossiers et vérifient sur le document original plutôt que sur une pièce jointe, impossible à falsifier à distance.
Et les codes de validation de la banque ?
Pendant un achat immobilier, votre banque va légitimement vous envoyer des codes : validation d'un virement de gros montant, signature électronique de l'offre de prêt, authentification forte sur l'espace client. Ces SMS sont normaux.
Ce qui ne l'est pas : qu'on vous appelle pour vous demander de dicter le code, ou de « valider pour annuler une opération frauduleuse ». C'est le scénario du faux conseiller, que nous avons détaillé dans l'article sur les SMS « ne communiquez ce code à personne ». Un code reçu par SMS ne se communique à personne, jamais, y compris à quelqu'un qui connaît votre nom, votre banque et le montant exact de votre prêt.
À quoi ressemblent les faux SMS du dossier immobilier ?
Quelques formulations qui reviennent, reformulées :
- « Étude Maître X : suite à un changement bancaire, merci d'utiliser le nouvel IBAN pour le solde de l'acquisition. Dossier urgent. »
- « Votre prêt immobilier n° 0043 est en attente de frais de dossier de 149 €. Régularisation sous 24 h : lien. »
- « Votre dossier de crédit a été refusé par l'établissement. Nouvelle étude gratuite ici : lien. »
- « Assurance emprunteur : votre adhésion sera annulée faute de paiement. Mettez à jour votre carte. »
- « Garantie Visale / caution : complétez votre dossier pour débloquer les fonds. »
Les marqueurs sont toujours les mêmes : urgence artificielle, lien raccourci, somme modeste pour amorcer ou au contraire montant exact de votre opération (preuve que les escrocs ont eu accès à une bribe d'information), et un expéditeur en 06/07 là où l'étude utilise habituellement un numéro court. Si vous voulez décoder l'expéditeur lui-même, notre guide pour décoder un numéro court ou un +33 inconnu donne la méthode tranche par tranche.
Attention à un détail contre-intuitif : le SMS frauduleux peut s'afficher dans le vrai fil de discussion de votre banque, parce que le nom d'expéditeur alphanumérique est falsifiable. C'est le spoofing d'expéditeur : la position du message dans votre application de messages n'est pas une preuve d'authenticité.
D'où les escrocs tirent-ils l'information sur votre achat ?
Pas d'une écoute téléphonique. Les sources sont beaucoup plus prosaïques :
- une boîte mail compromise dans la chaîne (vendeur, acheteur, agence, parfois un collaborateur d'étude) : l'escroc lit les échanges et attend le bon moment ;
- les annonces en ligne : une annonce passée en « sous offre » puis retirée indique une vente en cours, parfois avec le prix et la commune ;
- les réseaux sociaux : « ça y est, on signe le 14 ! » publié en story, c'est une date de virement offerte ;
- les fuites de données : courtiers, comparateurs d'assurance, simulateurs de prêt en ligne. Si vous avez rempli trois simulateurs, votre numéro a circulé — notre article sur la vérification des fuites de numéro explique comment le contrôler.
Pendant toute la durée du dossier, deux habitudes réduisent beaucoup la surface d'attaque : ne pas publier le calendrier de la vente, et utiliser une adresse mail dédiée protégée par l'authentification à deux facteurs, idéalement avec une clé de sécurité physique FIDO2 pour la boîte principale. Un gestionnaire de mots de passe évite par ailleurs qu'un mot de passe réutilisé sur un simulateur d'assurance n'ouvre votre messagerie.

Après la signature : la seconde vague de SMS
Un acte de vente publié au service de la publicité foncière devient une information largement accessible, et votre statut de nouveau propriétaire déclenche une série de sollicitations :
- énergie et travaux : « votre logement est éligible à la rénovation énergétique », « votre compteur doit être mis en conformité » — ce sont des classiques de démarchage, et parfois d'arnaque pure ;
- assurance habitation et crédit : propositions de rachat, de renégociation, de « révision de taux » ;
- cuisines, fenêtres, pompes à chaleur : le démarchage téléphonique et SMS des secteurs de la rénovation ;
- faux services administratifs : changement d'adresse « à valider », taxe foncière, redevance.
Pour tout ce qui est démarchage commercial par SMS, deux outils : répondre STOP au message (gratuit et obligatoire pour l'expéditeur, à condition qu'il s'agisse d'un vrai annonceur — notre article explique quand STOP fonctionne et quand il est contre-productif), et s'inscrire sur Bloctel pour les appels. Pour tout ce qui est frauduleux, le réflexe est le 33700 : transférez le message au 33700, puis le numéro de l'expéditeur quand on vous le demande, comme détaillé sur la page dédiée au signalement des SMS indésirables.
C'est aussi le moment où un broyeur de documents rend service : les dossiers de prêt refusés, les simulations, les relevés que l'on jette avec le reste contiennent exactement ce qu'il faut pour rendre un faux SMS crédible.
Que faire si le virement est déjà parti ?
Chaque heure compte, et la fenêtre utile est courte.
- Appelez immédiatement votre banque et demandez un recall (rappel de fonds) sur le virement SEPA. Si l'argent n'a pas encore été retiré du compte receveur, une récupération est parfois possible.
- Prévenez l'étude notariale au numéro officiel : elle doit savoir que le compte séquestre n'a pas été alimenté et peut alerter ses autres clients.
- Déposez plainte au commissariat, à la gendarmerie, ou via la plateforme service-public.fr, avec les captures d'écran du SMS, l'IBAN utilisé et l'ordre de virement.
- Signalez le message au 33700 et l'escroquerie sur la plateforme Thésée du ministère de l'Intérieur.
- Conservez les preuves : captures, en-têtes de mails, numéro d'émetteur. Notre guide sur les 72 heures après une arnaque par SMS détaille l'ordre exact des démarches et les délais de contestation.
Un point juridique utile : l'article L. 133-18 du code monétaire et financier prévoit le remboursement des opérations de paiement non autorisées. Un virement que vous avez vous-même validé, même trompé, est juridiquement « autorisé » — l'indemnisation n'est donc pas automatique et se joue souvent sur le manquement de la banque à son devoir de vigilance. Raison de plus pour que la vérification se fasse avant le clic.
L'essentiel à retenir
- Les SMS de l'étude notariale, de la banque et du courtier existent : rendez-vous, pièces, étapes du dossier. Ils sont gratuits et sans demande d'argent.
- Aucun professionnel du dossier ne communique ni ne modifie un IBAN par SMS. Un changement de coordonnées bancaires annoncé par message est une fraude dans la quasi-totalité des cas.
- Le contrôle se fait toujours hors du canal du message : appel à l'étude, au numéro de l'acte, en demandant le nom du clerc.
- Un code reçu par SMS ne se dicte jamais au téléphone, même à un interlocuteur qui connaît votre dossier.
- Après la signature, attendez-vous à une vague de démarchage : STOP pour le commercial, 33700 pour le frauduleux.
Questions fréquentes
Mon notaire peut-il m'envoyer son IBAN par SMS ?
Non, ce n'est pas la pratique. Les coordonnées du compte de l'étude figurent dans les documents du dossier et sont communiquées par courrier ou remises en main propre. Un IBAN reçu par SMS doit être considéré comme faux jusqu'à confirmation téléphonique auprès de l'étude.
Le SMS vient d'un numéro en 06, est-ce suspect ?
Pas automatiquement : certains clercs et agents immobiliers écrivent depuis leur mobile professionnel. En revanche, un message en 06 qui annonce une nouveauté financière alors que l'étude vous écrivait jusque-là depuis un numéro court ou son fixe est un signal fort.
Pourquoi reçois-je des SMS de travaux juste après avoir acheté ?
Parce que la mutation de propriété et les fichiers de prospection immobilière circulent, et parce que vos coordonnées ont été saisies dans plusieurs simulateurs pendant la recherche de financement. Répondez STOP aux annonceurs identifiables, signalez le reste au 33700.
Comment savoir si un SMS « banque » lié à mon prêt est authentique ?
En n'utilisant jamais le lien : ouvrez vous-même l'application de la banque ou appelez le numéro imprimé au dos de votre carte. Un vrai message de prêt renvoie vers votre espace client, jamais vers un formulaire qui redemande vos identifiants complets.
Le 33700 sert-il à quelque chose pour ce type d'arnaque ?
Oui. Les signalements permettent aux opérateurs de bloquer les numéros émetteurs et les plateformes d'envoi utilisées. Cela ne récupère pas l'argent, mais cela coupe la campagne pour les destinataires suivants.



